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8 REGARDS
woxx  |  10 04 2015  |  Nr 1314
KULTUR
THÉÂTRE
Festival de coups bas
Florent Toniello
La nouvelle production du TOL,
« Sous la ceinture », dissèque avec une méticulosité entomologique les absurdités du monde du travail. Fabienne Zimmer dirige
à la baguette trois comédiens au diapason.
Si la pièce « Below the Belt », écrite par l’Américain Richard Dres- ser en 1995, a été traduite sous le titre « Sous la ceinture », il faut y voir une référence aux coups de boxe interdits plutôt qu’à des dialogues graveleux. Coups bas, tromperies, cachotteries et manipulations s’y succèdent en effet à un rythme effréné : celui du monde du travail actuel. Les palissades qui bordent une mystérieuse usine et la dressent comme une forteresse dans le désert environnant, tel un ring, fixent les règles de la vie au tra- vail. Elles limitent l’horizon et les ré- flexions des protagonistes. Tout juste se permettent-ils de temps en temps de rejoindre en pensée leurs épouses, là-bas, dans ce que l’on serait tenté d’appeler le monde réel.
Que fabrique l’entreprise ? Peu importe : on apprendra seulement qu’elle doit produire, et vite. Telle- ment vite, d’ailleurs, que la rivière qui la longe en deviendra d’abord phosphorescente, puis la proie des flammes. Dobbitt arrive, motivé, pour devenir « vérificateur ». On ne saura jamais en quoi consiste réellement ce travail, pourtant élevé au rang de sa- cerdoce. Le nouveau venu partage la chambre d’Hanrahan, qui a déjà fait fuir un collègue et déploie dès leur
première rencontre des trésors de mesquinerie pour conforter sa maigre position dominante. Mais le mâle do- minant, c’est Merkin, le chef vérifi- cateur. Il cajole l’un pour rabaisser l’autre, puis renverse les rôles, dans un tourbillon effréné destiné à asseoir son emprise. D’un coup de sonnette, il somme ses subordonnés. Dans son bureau, une unique chaise pour les visiteurs : lorsque la petite équipe
de trois personnes y est au complet, il y a forcément un exclu. Merkin est- il compétent ? Peu importe, en vérité, puisqu’il est le chef.
Évacuer l’absurdité par le rire
« J’ai tout de suite craqué sur cette pièce, car je trouvais qu’elle était criante d’actualité », confie Fa- bienne Zimmer, la metteuse en scène.
Lorsqu’elle l’a lue, elle a tout de suite pensé à la récente vague de suicides dans plusieurs grandes entreprises françaises. Beaucoup de spectateurs lui ont d’ailleurs avoué retrouver dans « Sous la ceinture » les méthodes de management actuelles auxquelles ils ont été confrontés, et qui s’appa- rentent souvent à un harcèlement à peine déguisé. Pour Fabienne Zimmer, le propos de Richard Dresser
La violence entre collègues : un exutoire à l’atmosphère anxiogène du lieu de travail ?


































































































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